Point de vue des enfants de 0 à 6 ans : ce que demande le nouveau guide de la HAS
Le recueil du point de vue des personnes accompagnées est un axe que la HAS positionne comme central dans le processus d'évaluation des ESSMS. Après un guide socle publié en 2025 sur le recueil du point de vue de l'ensemble des personnes accompagnées (handicap, grand âge, protection de l'enfance), la HAS a adopté le 7 juillet 2026 un guide dédié aux enfants de la naissance à 6 ans : une déclinaison petite enfance de ce chantier plus large, là où il n'existait jusqu'ici aucune méthodologie propre à cette tranche d'âge.
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Par Lena Riso dos Santos · publié le mardi 8 septembre 2026
Voici les six points à retenir, pour les évaluateurs comme pour les professionnels des établissements, notamment dans la préparation des traceurs accompagnés.
1. Ce que la HAS entend par « point de vue »
Le guide définit le point de vue des enfants comme ce qu'ils vivent et la manière dont ils le vivent, c'est-à-dire le « quoi » et le « comment ». Il renvoie à l'expression verbale et non verbale de leur expérience personnelle, qui ne peut être assimilée à celle des adultes.
Deux socles juridiques sont mobilisés. L'article 12 de la Convention internationale des droits de l'enfant, dont les Observations générales n° 7 et n° 12 précisent qu'il vaut aussi pour les très jeunes enfants et couvre toutes les formes de communication, y compris non verbales. Et l'article L. 311-3 du CASF, qui impose une prise en charge individualisée adaptée à l'âge et aux besoins, et la recherche systématique du consentement éclairé lorsque la personne est apte à exprimer sa volonté, à défaut celui du représentant légal, en tenant compte de son avis.
Le réflexe : ne réservez pas la question du recueil aux enfants verbaux. Le guide vise explicitement les enfants pré-verbaux et non verbaux, dès la naissance.
2. Ne pas confondre la démarche et sa mesure
Mettre en place un dispositif de recueil du point de vue des enfants, ce n'est pas « préparer son évaluation ». C'est un travail d'amélioration continue de la qualité, permanent, qui appartient à l'établissement. L'évaluation, elle, est un temps de mesure ponctuel : elle constate si la démarche existe, si elle est structurée, si elle produit des effets.
L'évaluation ne fait pas la qualité, elle la mesure. Un dispositif monté trois mois avant la visite produit exactement ce qu'il a fabriqué : un document, pas une pratique.
3. Le recueil ne se réduit pas à poser des questions
Le guide recense, sans les hiérarchiser, neuf familles de techniques complémentaires, chacune décrite en annexe :
- arts et création : dessin, modelage, « dessine, écris et raconte » ;
- entretiens et conversations : individuels ou collectifs, formels ou informels, questions ouvertes ou à la troisième personne ;
- exploration de l'espace : cartographie, parcours commentés guidés par l'enfant ;
- jeux médiatisés : marionnettes, figurines, jeu dans le sable, jeux de rôle ;
- médiatisation par cartes : cartes émotions, « j'aime / je n'aime pas » ;
- observation : narrative, ciblée, du retrait relationnel ;
- photographie et vidéo : photo-voix, photo-élicitation ;
- supports narratifs : livres personnalisés, non-fiction narrative interactive ;
- systèmes de communication : signes, pictogrammes.
Le principe directeur est le croisement. C'est l'approche mosaïque d'Alison Clark, citée par le guide : chaque méthode révèle une pièce du puzzle, aucune ne suffit seule.
Le réflexe : un même enfant peut vouloir ou pouvoir s'exprimer différemment selon les moments, les interlocuteurs et les sujets. Variez les supports plutôt que d'installer un dispositif unique.
4. Consentement et assentiment ne sont pas la même chose
Le consentement relève du cadre juridique du CASF. L'assentiment désigne l'accord personnel de l'enfant : l'informer avec des mots adaptés à son âge, lui permettre de se retirer à tout moment, considérer l'accord comme un processus continu, observer les signes de fatigue ou d'inconfort, verbaux comme non verbaux.
La HAS est explicite sur un point : chez un jeune enfant, un « oui » exprimé par imitation ou par désir de faire plaisir à l'adulte ne peut pas être considéré comme un assentiment réel.
Le réflexe : cette distinction mérite d'être écrite dans les procédures internes. Elle y figure rarement.
5. Les quatre vigilances que pointe le guide
Le chapitre 6 est celui qu'il faut lire deux fois.
Les déséquilibres de pouvoir. Entre adulte et enfant, mais aussi entre enfants, et selon les statuts professionnels et les contextes institutionnels. Ils influencent ce qui est exprimé et la manière dont c'est interprété.
La participation symbolique. Le guide met en garde contre une parole d'enfant recueillie pour légitimer une décision déjà prise ou satisfaire une injonction institutionnelle : une participation qui peut s'avérer illusoire, voire délétère, en renforçant les asymétries.
L'interprétation hâtive. Silence, retrait, évitement, instabilité, refus ne doivent pas être lus trop vite comme une absence de point de vue ou comme une opposition. Ils peuvent signaler un besoin de sécurité, un décalage de modalité, un inconfort, ou le mauvais moment.
Le présupposé inverse. Penser que plus les enfants sont jeunes, moins ils sont capables d'exprimer un point de vue, ce qui conduit à les exclure des démarches participatives. C'est précisément ce que le guide entend défaire.
6. Un recueil sans suite documentée reste un recueil formel
Le dernier axe du guide est le plus exigeant : transformer l'expression en effets réels. Plusieurs leviers sont listés : former les équipes, assurer un suivi dans le temps, organiser des bilans participatifs, adapter les modalités de restitution à l'âge et aux capacités des enfants.
Deux exigences méritent d'être isolées. D'abord, garantir un retour clair, rapide et compréhensible sur les suites données à l'expression des enfants, y compris lorsque certaines propositions ne peuvent pas être retenues. Ensuite, documenter les évolutions engagées à la suite du recueil, afin de rendre visibles les liens entre expression, décisions et changements concrets.
Le réflexe : c'est la chaîne complète qui se démontre, à savoir ce que l'enfant a exprimé, ce qui en a été fait et ce qui lui a été rendu. Un recueil tracé mais sans suite ne vaut pas mieux qu'une suite non tracée.
À retenir
| L'idée reçue | Ce que dit le guide |
| « Il est trop petit pour donner son avis » | Le droit couvre toutes les formes de communication, dès la naissance |
| « On lui a demandé, il a dit oui » | Un « oui » par imitation ou désir de plaire n'est pas un assentiment |
| « On a mis en place un temps d'expression » | Un recueil ponctuel ne suffit pas : régulier, répété, croisé |
| « Il n'a rien dit, il n'a pas d'avis » | Silence et retrait ne valent ni absence de point de vue ni refus |
| « Les parents nous disent ce qu'il vit » | Le regard des proches complète, il ne se substitue pas |
| « C'est consigné au dossier » | Il faut aussi un retour à l'enfant et la trace des suites données |
Trois questions pour se situer
Qui recueille le point de vue des enfants dans la structure, et sous quelle forme ? Ce recueil est-il régulier et croisé entre plusieurs professionnels, ou ponctuel et isolé ? Que devient ce qui est recueilli, et l'enfant en a-t-il un retour ?
Sources
- HAS, Recueillir et prendre en compte le point de vue des enfants de la naissance à 6 ans, guide adopté par la CSMS le 7 juillet 2026 : préambule, chapitres 1 à 7, annexes 1 et 2.
- HAS, Point de vue des personnes accompagnées par les ESSMS. Des démarches pour exprimer, recueillir, analyser et prendre en compte leur expérience et leur satisfaction, 2025.
- Convention internationale des droits de l'enfant, article 12 ; Observations générales n° 7 et n° 12.
- Code de l'action sociale et des familles, article L. 311-3.